Amor amorT
2026
Époxy, métal, fausses pierres précieuses.
Le miroir aux alouettes est un instrument de chasse aujourd’hui interdit. Brillance et mouvement attiraient l’alouette de nature curieuse. Face à cet instrument agrandi et garni de faux diamants, la personne qui le fera tourner ressentira-t-elle la concentration du chasseur ou le picotement du désir de l’oiseau ?
Entrevue
2024
« On se hasarde dans la forêt comme dans un rêve éveillé et l’on y perd ses repères. Lieu de solitude, d’enchevêtrement, de guérison, de régression, de hauteur et d’obstruction, elle accueille la croissance spontanée et la décomposition permanente. Là, une présence inhabituelle émerge, un animal magique est aperçu. »
Le livre des symboles. Réflexions sur des images archétypales, dir. Ami Ronnberg et Kathleen Martin, Taschen, 2010.
Sculpture composée d’une paire de bois de cerf en bronze et d’un manteau en fourrure animale (synthétique, de réemploi), cette présence n’a pas de visage. Apparition mystérieuse, nous ne savons pas à qui nous avons affaire.
Le cerf, passeur du sacré vers le profane est l’un des médiateurs entre ciel et terre, entre les domaines spirituel et matériel. Les bois en bronze, indice de sa présence débordant la silhouette humaine, témoignent du souhait de Charlène de proposer une œuvre passerelle, une forme ambivalente qui accroche le regard pour nous entraîner mentalement à prendre soin du monde et de soi.
L’utilisation du bronze pour les bois, l’artifice de leur scintillement doré, renforce en même temps l’impression magique et le jeu de représentation. Nous sommes bien en présence d’une œuvre, et s’il s’agit d’un trésor dissimulé dans la forêt, il est culturel. «
L’impératrice et la Justice
2022
Installation de dimensions variables, faux bois, attaches bleues, aluminium, laiton, cuivre.
Œuvre imaginée à partir de la lecture de Là-Bas de J-K Huysmans, paru en 1891 (en particulier le chapitre 3, pour son évocation de l’arcane « l’Impératrice » du tarot de Marseille et le chapitre 8, pour celui de « la Justice »).
L’œuvre a été démontée depuis, et revisitée sous une autre forme.
Toujours un succès
2020
Un grenier à grain inspiré d’un modèle architectonique africain en pleine forêt vosgienne ? Rempli d’emballages célèbres de la grande distribution occidentale du riz ? La culture des céréales en général symbolise la sédentarité, le village et en arrière-plan les pouvoirs politiques et économiques qui organisent, planifient, protègent, surveillent, manipulent, dominent… Et ceci en opposition aux pratiques liées à la forêt : terrain de prédilection des nomades, des chasseurs-cueilleurs, de celles et ceux qui interagissent en connivence avec arbres et animaux, des « résistants » souvent, que l’on a du mal à contrôler… Surprise au bord d’un chemin vosgien, un grenier à boîtes de riz qui semblent échappées d’un spot publicitaire… Dans ce contexte, le travail de Charlène Chemin interroge les tensions cognitives, parfois violentes, que nous ressentons dans nos pratiques culturelles, tensions entre le plaisir de l’expérience esthétique (l’attrait pour les matières, les couleurs, les symboles…) et la dépendance à la consommation d’objets empêtrés dans leurs conditions de productions problématiques. Qu’il s’agisse d’objets trouvés ou de références arrachées au vaste champ iconographique de l’histoire de l’art, Charlène Chemin conjugue détournements de formes et investigations techniques pour élaborer des dispositifs (sculptures ou installations) qui perturbent nos repères et démultiplient les chemins du sens.
Modeste monument
2018
Pendant la guerre de 1914-1918, le pavement du chemin tout proche fut mis en place par des prisonniers roumains et russes et des population réquisitionnées, notamment des femmes.
En écho à leur travail de forçat, l’artiste a reconstitué dans une clairière proche un fragment du pavement de la COOP Alsace (1902-2015), lieu en profonde mutation qui qui incarne l’histoire alsacienne du 20e siècle.
Par son geste à la fois commémoratif et ouvert à la manière d’une fiction, Charlène Chemin ramène sur le Sentier des Passeurs ces pavés probablement taillés dans une carrière vosgienne. Son Modeste monument inscrit dans le sol la circulation d’une histoire traversée de multiples significations, nous remémorant des destins liés aux exodes et au travail forcé, dont celui des femmes.
Les Trois Grâces
2016
L’œuvre est toujours en place dans le radier de Barfontaine.
Par l’intermédiaire du bronze, matériau classique et pérenne, Charlène Chemin convie l’imagination collective à voir trois jeunes femmes s’amuser et se baigner dans le ruisseau. Clin d’œil aux Trois Grâces, le premier tableau profane de Raphaël représentant les déesses romaines de l’Allégresse, de l’Abondance et de la Splendeur. Par rapport au lieu, c’est un appel à la mémoire, celle du soldat ou de l’homme en transit, qui tient debout grâce aux souvenirs, et particulièrement ceux qui concernent une identité féminine.